La rénovation urbaine dans les quartiers populaires

Avant-après la rénovation de la cité du Pont de Créteil

La rénovation urbaine consiste à construire de nouveaux groupes d’habitats sur des terrains libérés par la démolition de logements considérés comme vétustes et inadapté. Le concept de rénovation urbaine a été développé au 19ème siècle avec la rénovation de Paris par le baron Haussmann. Puis, des années 50 à aujourd’hui, de nombreux plan de construction de logements sociaux ainsi que de rénovation ont été établi. Les causes de ces rénovations sont multiples (problèmes environnementaux, de sécurité, socioculturels) et ont pour but d’améliorer la qualité de vie des habitants mais ces rénovations n’ont pas forcément l’effet escompté et peuvent au contraire desservir les habitants. Dans un premier temps nous montrerons l’évolution de la rénovation urbaine depuis ses débuts au 19ème jusqu’à aujourd’hui. Nous allons ensuite la définir à travers ses côtés positifs et négatifs qui conduisent à des conséquences diverses en fonction du public. Quels sont les avantages et les inconvénients de la rénovation urbaine ? A qui cela profite-t-il ?

 

Georges Eugène Haussmann (1809-1891) a été préfet de la Seine et a dirigé une opération de rénovation de Paris. Sa campagne pour cette rénovation est intitulée «Paris embellie, Paris agrandie, Paris assainie». D’après l’architecte Julia Z, le but de cette rénovation de Paris était d’avoir une meilleure circulation de l’air et des hommes dans la ville. De ce fait, Haussmann redessine Paris en créant de grandes lignes droites, de vastes avenues ainsi que de vastes places. Par exemple la place de l’Étoile, d’où partent 12 avenues dont les Champs Élysées. Ces différentes transformations ont eu deux effets sur le plan de la répartition dans Paris. Le premier étant que les rénovations du centre ville ont entraîné la hausse des loyers et la seconde étant que certains choix d’urbanisme ont provoqué un déséquilibre entre la composition sociale de l’ouest et de l’est de Paris. De nos jours, les rénovations établies par Haussmann sont toujours visibles dans Paris, on parle par exemple du boulevard Haussmann pour évoquer une des grandes avenues de cette ville.

 Au cours des années 50 à 80, de nombreuses modifications urbaines ont été établie. D’après le ministère de l’égalité des territoires et du logement, dans les années 50, la modernisation économique et la restructuration territoriale ont accentué le besoin de loger la main d’œuvre, l’état à donc du agir afin de construire des logements sociaux. En 1953, Pierre Courant, ministre de la Construction a fait voter une loi afin de faciliter la construction de logements sociaux. La même année, la création de la contribution obligatoire des entreprises à l’effort de construction introduit des ressources supplémentaires pour la réalisation de logements sociaux. En 1954, sous la pression de l’opinion publique, le gouvernement élabore un programme de 120 000 logements neufs en cités d’urgence destinées à accueillir les personnes qui sont à la rue. En 1957, la loi cadre du 7 août entre en vigueur. C’est de cette loi que découle la politique des ZUP (Zone à Urbaniser en Priorité). Pour la première fois, la création d’équipements nécessaires à ces logements est prise en compte parallèlement à la création de logements. Un programme de construction de logements HLM est ainsi mis en place. On passe ainsi de 70 000 logements achevés en 1948 à 320 000 en 1958. De 1958 à 1961, les actions de rénovation urbaine débutent donc et en 1962 la loi Malraux favorise la restauration dans ces ensembles urbains pour en faire des immeubles de qualité. Jusqu’en 1970 la politique de l’état s’est axée sur la construction de nouveaux logements ainsi que sur la restauration du patrimoine à caractère historique et à la rénovation urbaine. En 1976, la création d’un nouveau plan met pour la première fois l’accent sur l’amélioration qualitative de l’habitat. En 1977 une réforme est mise en place (création de différentes aides : APL, PLI…). Les grandes lignes de la politique du logement actuelle résultent de cette réforme. Entre 1982 et 1983, des lois de décentralisation sont établies c’est à dire que chaque collectivité (communes, départements, régions) peut définir qu’elles sont leurs priorités en matière d’habitat. En 1983 une autre loi est établit. Elle met en place un conseil départemental de l’habitat qui remplace toutes les commissions existantes par le passé.

De nombreux plans de rénovation urbaine ont été établi afin de créer des logements mais surtout dans le but d’améliorer la qualité de vie des habitants que ce soit en matière d’environnement, de sécurité ou au niveau socio-culturel.

Les rénovations urbaines ont pour but d’améliorer les qualités environnementales du quartier rénové et ainsi permettre aux habitants de vivre dans un environnement plus sain. Par exemple, on peut voir dans l ‘étude de F. Léostic que dans le quartier Sud-Est et le quartier de La Noé à Saint-Étienne, de nombreux arbres ont été plantés et des pistes cyclables ont été créés afin de limiter les rejets de gaz polluants des voitures. De plus, on peut voir dans l’étude de l’INRETS, que les rénovations de certains quartiers peuvent permettre à certaines populations d’emménager plus près de leur lieux de travail et donc de se déplacer à pieds pour leurs trajets quotidiens. A Lyon par exemple, les déplacements de moins de 1km représente 34% de l’ensemble des déplacements. Le fait de se déplacer à pied, à vélo ou en transport en commun tel que le tramway pour les trajets de courtes distances permet donc de diminuer la quantité de CO2 rejeté et ainsi réduire l’empreinte écologique et de fait vivre dans un environnement plus sain. De plus, le fait de remplacer des bâtiments vétustes par de nouveaux bâtiments permet de les reconstruire avec par exemple de meilleurs isolations ce qui permet d’utiliser moins de chauffage et ainsi réduire les coûts pour les habitants mais également réduire l’empreinte écologique. D’après l’enquête parue dans Mouvements des idées et des luttes, les habitants estiment que leur nouveaux appartements ont une meilleur isolation thermique ce qui permet de réduire de manière conséquente leur coût de chauffage.

 Même si améliorer la qualité environnementale est un des but des rénovations urbaines, d’autres points tel que la sécurité permettent d’améliorer la vie des habitants de ces quartiers.

Comme on peut le voir dans l’article de Métropoles, un des principaux but de la rénovation urbaine est de sécuriser les quartiers dits à risque en essayant d’éviter les dégradations,ainsi que les manifestations de violence envers les habitants. D’après Didier Peyrat, il est « nécessaire d’intégrer de façon systématique la sécurité dans l’aménagement urbain, les architectures, les réhabilitations. » et il faut « éviter les bâtiments anxiogènes, les effets de sanctuarisation, les densités excessives et les obscurités lugubres ». Jane Jacobs explique quant à elle que les résidents protégeraient mieux leur territoire si ils se sentent vraiment chez eux. C’est pourquoi le fait de réhabiliter leurs lieux de vie permettrait qu’ils se sentent plus chez eux et donc « surveillent » plus leurs lieux de vie mais également ne les dégrade pas eux même. Par exemple, le PNRU (Programme National de Rénovation Urbaine) du 1er août 2003 initié par Jean Louis Borloo permet d’allier un modèle d’habitat pavillonnaire tout en étant dans une résidence sécurisé. Le fait de rénover les quartiers « difficiles » de cette manière permet d’augmenter la sécurité des habitants. Comme le montre l’enquête à Bordeaux et Montauban de Villechaise, Agnès et Oblet Thierry, les habitants se sentent plus en sécurité dans leur quartier après les rénovations urbaines et leur qualité de vie n’en est qu’améliorée. Ils trouvent les quartiers plus sûrs comme le souligne un témoignage : « on laisse les enfants jouer dehors, on peut oublier de verrouiller la porte d’entrée, on rentre sans craintes chez soi tard le soir. »

 Même si les rénovations améliorent la vie des habitants sur le plan environnemental et sécuritaire, le principal but de ces rénovations est d’arriver à une mixité social dans les différents quartiers.

Renaud Epstein, Fanny Léostic ainsi que Jacques Donzelot nous expliquent que la loi Borloo a pour but de réduire les inégalités sociales entre les territoires (c’est à dire entre les zones urbaines sensibles et le reste des villes). Le but étant de réduire grâce aux mouvements de population dus aux rénovations urbaines les concentrations de « pauvreté » de « sous qualification » de certains quartiers en les « mélangeant » à des populations plus aisées afin de les soutenir et de parvenir à une mixité sociale. Par exemple, d’après Bouzouina L. et Nicolas J.P. un réaménagement des quartiers du Mas du Taureau et du Pré de l’Herpe à Vaulx en Velin a été programmé afin de redistribuer une part des logements sociaux vers le reste du territoire Lyonnais (1800 logements détruits et 1600 reconstruits pour accueillir une population économiquement plus favorisée). Autre exemple de S. Chediac, le quartier Mosson à Montpellier ou 450 logements ont été détruit et 351 reconstruits ailleurs que dans le quartier de départ. De plus, d’après S. Chédiac on peut voir que le PNRU a également pour but de détruire des bâtiments vétustes afin d’en reconstruire de nouveaux pour améliorer la qualité de vie des résidents des quartiers dits défavorisés. D’après les enquêtes effectuées à Montauban et à Bordeaux ce but a été atteint. En effet, les habitants estiment avoir « largement gagné au change » et jugent leur environnement de vie de meilleur qualité, et que leurs appartements sont bien plus adaptés que les anciens. De plus, les habitants ayant participé au sondage estiment que leur intégration sociale a été nettement améliorée depuis que les rénovations urbaines ont été effectué.

 Même si les rénovations urbaines ont permis d’effectuer des améliorations pour les habitants des quartiers défavorisés nous allons voir que ces améliorations restent bien fragiles et peu nombreuses et qu’elles peuvent même desservir les habitants de ces quartiers.

Malgré les efforts mis en place, on remarque que non seulement les objectifs sont loin d’être atteints en matière de sécurité (les perspectives environnementales étant encore incertaines au vue de leur qualité au long terme) mais qu’en plus les familles relogées rencontrent de nombreux problèmes suite à leur relogement. En effet, certaines personnes à qui les promesses du relogement ont fait espérer un nouveau départ avec un pavillon ou même un plus grand appartement, dans un quartier plus sûre, avec plus de moyens se sont sentis lésés car l’engagement n’a pas été tenu. La rénovation urbaine propose deux cas de figure dans le cadre du relogement social: soit réhabiliter d’anciens immeubles, soit en reconstruire des neufs. Pour ceux qui ont bénéficier du premier cas, une partie des ménages ne sont pas satisfaits par la localisation géographique (qualité du voisinage, sécurité, espace…) ou encore par leur coût, En effet, ces « nouveaux » logements peuvent être plus onéreux au niveau du loyer et/ou des charges, Les autres, ceux du deuxième cas qui ont été relogés dans du neuf, admettent qu’ils ont gagnés en confort et en espace mais qu’ils rencontrent aussi des difficultés financières. Ces dernières sont dues à la hausse du prix du logement et au fait que les commerces sont maintenant éloignés pour eux et que les transports sont coûteux. De plus, ceux qui ont été relogés hors sites (lotissements, résidences collectives récentes …) peine à cause du manque de service sociaux dans ces nouvelles « zones ». 

A cela s’ajoute un autre problème, à savoir que dans certains quartiers  où des immeubles ont été détruits afin d’en construire de nouveaux, ces derniers tant attendus contiennent parfois moins de logement que les précédents. Au  décembre 2009, 36% des logements sociaux démolis n’ont pas été reconstruits (source : Onzus 2009). Ces projets peuvent donc conduire à une diminution du nombre de logements sociaux, ce qui aggrave la crise du logement en France.

Faire du réaménagement social, oui, mais pourquoi le faire à moitié ? 

Enfin, qu’en est-il de la sécurité dans les quartiers sensibles suite à ces rénovations ? C’est l’un des principaux arguments, celui que l’on retrouve dans les médias et les discours politiques. Et pourtant  en termes de délinquance et violence sociale il n’y a pas de différence significative, dans les chiffres et les témoignages, entre les quartiers rénovés et les autres.

 

 La rénovation urbaine existe depuis le XIXème siècle, Elle avait pour but de rendre la ville plus agréable et accessible au peuple. Depuis les années 50, on cherche à loger des gens en masse, l’idée des banlieues, ZUP et autre ZUS est donc venue naturellement… Aujourd’hui on cherche à rénover ces quartiers, on les veut plus sûrs, plus propre, plus « verts » : mais pour qui et à quel prix ? Peut-être que certaines personnes auraient préféré conserver leurs amis, leurs voisins, leurs commerces proches d’eux, plutôt que d’en être éloigné et qui plus est avec une augmentation de leurs dépenses financières. A qui cela profite-t-il si ce n’est pas à eux ? Il est possible que les villes y trouvent leur compte, et à travers elles l’image de la France. On y verrait la solution pour rattraper les erreurs, pour déculpabiliser tout en « apaisant » les conflits, Mais les faits sont là et cela ne fonctionne pas aussi bien qu’on le voudrait. La rénovation urbaine est une bonne chose qui mérite d’être bien faite. Mais avant de chercher à changer ou d’étouffer le problème sous de belles promesses, encore faudrait-il le prendre à son origine en essayant de le comprendre.

                                                                                                                                                                                                                                                                                 GRILLON Mélissa et FUESSINGER Marie

Bibliographie 

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Chédiac, Sophie. A la maison dans mon HLM …La résidentialisation comme dispositif de rénovation urbaine , Métropoles [En ligne], 2009, [consulté le 19 novembre 2013]. Disponible sur : http://metropoles.revues.org/3775

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Léostic, Fanny. Effets sociaux et spatiaux de la politique de rénovation urbaine dans les quartiers en difficulté des villes françaises, Lien social et Politiques, Numéro 63, printemps 2010, p. 27-42. Disponible sur http://www.erudit.org/revue/lsp/2010/v/n63/044147ar.html

Martinez, Candice. A quoi sert la rénovation urbaine ? , Lectures, Les comptes rendus, [En ligne], 2012, [consulté le 18 novembre 2013]. Disponible sur : http://lectures.revues.org/7615

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Villechaise, Agnès et Oblet Thierry. Les relogés de la rénovation urbaine : un bilan plutôt positif altéré par les difficultés des plus démunis. Mouvements des idées et des luttes [En ligne], 16 août 2010 [consulté le 4 décembre 2013]. Disponible sur : http://www.mouvements.info/les-reloges-de-la-renovation.html

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