L’agriculture « grignotée » par la la ville… ?

          Pris entre le développement urbain et la modernisation de l’agriculture, les espaces périurbains semblent trop contraignants pour garder des exploitations agricoles rentables. Pourtant, on peut constater qu’un certain nombre d’entreprises agricoles subsistent et tirent partie de la proximité de la ville.

L’agriculture périurbaine a-t-elle encore une place autour des villes ?

Nous répondrons à cette question en élaborant une définition de l’agriculture périurbaine et en abordant quelques chiffres, puis dans un second temps, nous expliquerons quelles sont les principales difficultés  pour les agriculteurs traditionnels. Pour finir, nous montrerons que l’agriculture périurbaine est tout de même une nécessité contemporaine.

 

I. Définitions et chiffres:

 

         Selon le zonage en aires urbaines défini par l’INSEE, la quasi-totalité de l’Île-de-France est composée de pôles urbains et de leur couronne périurbaine et donc « classée » en périurbain.

L’Atlas rural et agricole de l’Île-de-France en 2004 considère que le périurbain représente 210 communes sur 1300, soit 13% du territoire francilien. Cette délimitation a été reprise avec quelques modifications dans le projet de SDRIF , qui resitue également la ceinture verte, zone située en périphérie immédiate de l’agglomération parisienne, qui offre environ 60% d’espaces ouverts, c’est à dire boisés, agricoles et naturels. La Ceinture verte représente un cinquième du territoire d’Ile-de-France et les activités agricoles assurent la gestion de la moitié des espaces ouverts, soit 96 200 ha de terres agricoles (MOS de l’IAURIF, 2003). Elle concentre 14% de la surface agricole régionale (SAU) soit 84 000 ha.

Avec 2 350 ha au total, la Ceinture verte regroupe la moitié du potentiel régional de cultures spéciales.

En Ile de France l’espace agricole couvre 50% du territoire régional. En 2007, on dénombrait 5300 exploitations agricoles dont les trois-quarts concentrent 93% des actifs (soit 0,1% des franciliens)

Si la présence agricole en Île-de-France est modeste, le poids réel de cette agriculture est important. Sur 1,8% des superficies agricoles françaises, l’Île-de-France assure en effet, en surface : 1,7% de la production agricole française ;  12% de la production française des cultures industrielles ;  4 à 5% des céréales ; 6 à 7% en valeur des fleurs et pépinières ;  4 à 5% des légumes.

Les exploitations spécialisées et d’élevage sont les plus menacées, et on observe depuis plusieurs années une chute drastique du nombre de ces exploitations (entre 2000 et 2007, diminution de 5.3% pour les exploitations de maraîchage et d’horticulture, de 9.4% pour l’élevage, et de 15.1% pour l’arboriculture)

De 1988 à 2000, plus de 930 exploitations ont disparu ( -32 % pour la région) et ce sont les unités de cultures spéciales qui ont connu le plus fort taux de disparition : – 68 % pour les vergers et -38 % pour le maraîchage.

C’est dans la Ceinture Verte que se sont surtout concentrés les prélèvements d’espaces agricoles pour l’urbanisation : 22 000 ha de 1982 à 2003 (MOS).

Entre 2000 et 2010, les pôles (unités urbaines d’au moins 1 500 emplois) ont perdu 31 % de leurs exploitations, contre 26 % pour l’ensemble du territoire métropolitain et le nombre d’exploitations agricoles a baissé de 26 % en France métropolitaine.

 

                              EVOLUTION DU NOMBRE D'EXPLOITATIONS AGRICOLES

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Source : Agreste - Enquête annuelle sur la valeur vénale des terres agricoles.

 

Mise à part la métropole de l’Ile de France nous pouvons nous appuyer des l’exemple de Besançon où les espaces boisés et agricoles couvrent respectivement 37% et 30% de la surface du territoire du Grand Besançon. En 2006, on comptait une centaine d’exploitations professionnelles sur les 59 communes du Grand Besançon contre 155 en 2000 et plus de 300 en 1979. Aujourd’hui, il ne reste que 385 exploitations sur 133 communes autour de Besançon. En 20 ans, ce sont 16% des surfaces agricoles qui ont disparu, principalement au profit de l’habitat et des infrastructures collectives.

 

Le « rognage » des villes qui ont été mise en évidence précédemment ne sont pas sans conséquences ; elles engendrent de nombreuses difficultés en particulier pour les agriculteurs traditionnels.

 

 II. Des difficultés pour les agriculteurs traditionnels :

 

       L’agriculture périurbaine engendre de nombreux facteurs de déstabilisation qui impactent une grande majorité des exploitations agricoles franciliennes ; en particulier une forte pression foncière sur les espaces agricoles avec un étalement urbain parfois non contrôlé ce qui engendre un coût d’accès au foncier élevé (comme le montre le graphique ci-dessous) et donc des difficultés d’installation pour les jeunes agriculteurs, ainsi qu’une précarité de l’outil de travail des agriculteurs en place.

 

                          EVOLUTION DU PRIX DES TERRES AGRICOLES EN FRANCE

 

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Source : Agreste – Enquête annuelle sur la valeur vénale des terres agricoles.

 

Mais aussi des circulations agricoles qui sont rendues difficiles par le trafic et les aménagements parfois non adaptés dans les bourgs et villages.

Ensuite, l’agriculture périurbaine engendre l’enclavement, le fractionnement et la déstructuration des espaces agricoles qui entraînent des difficultés d’exploitation et d’évolution des outils de production  et donc des problèmes de transmission des exploitations tel que la baisse du nombre d’agriculteurs et du nombre des installations, ce qui est bien représenté sur le graphique suivant :

                                
                                    NOMBRE DE SALARIÉS AGRICOLES PERMANENTS

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Source : Agreste – Enquête annuelle sur la valeur vénale des terres agricoles.

 

Pour le cas des productions spécialisées elles éprouvent des difficultés d’écoulement et de valorisation de leur production par la faute de structuration et de taille suffisante face à un marché gigantesque.

Ces difficultés sont également liées à l’arrivée d’une population de moins en moins rurale , qui cherche, loin des villes, à retrouver un cadre de vie « naturel », tout en exigeant un niveau d’infrastructures et de services propres à un contexte urbain auquel elle est habituée.

Le fonctionnement urbain, comme par exemple, la proximité des autoroutes ou l’emprise sous les lignes électriques et bien d’autres choses sont des nuisances pour l’agriculture.

Ces difficultés fragilisent grandement la pérennité des exploitations agricoles, alors même que l’activité agricole joue un rôle structurant en Île-de-France, qui n’est aujourd’hui pas suffisamment reconnu.

 L’importance du maintien de l’activité agricole en tant qu’activité économique rentable et viable est donc cruciale en Île-de-France.

 

       Si l’agriculture périurbaine entraine  quelques contraintes pour les agriculteurs, il n’en demeure pas moins que c’est une nécessité contemporaine.

 

 III. Une nécessité contemporaine :

 

       Vis-à-vis de l’agriculture, les urbains ont des attentes très précises en matière de qualité environnementale, paysagère et alimentaire. Pour les animateurs des territoires agriurbains il ressort que l’agriculture périurbaine, de par sa proximité et l’attrait qu’elle peut exercer sur le monde urbain, aurait quelque chose de « para-agricole ». Elle dépasserait le cadre strict du monde agricole et serait davantage ouverte sur l’extérieur, concernant et impliquant d’autres types d’acteurs.

Les villes, à la recherche d’un développement plus durable, commencent à intégrer dans leur stratégie les enjeux agricoles de leur territoire. Elles attendent donc plusieurs services de l’agriculture tel que d’assurer un approvisionnement de proximité pour les populations urbaines, fournir des produits très spécifiques comme des fleurs, des plantes aromatiques, des fruits et légumes ou encore participer au développement économique par le dynamisme des exploitations et des filières agroalimentaires et contribuer directement à la qualité et au cadre de vie sur le territoire.

 Situés à proximité des consommateurs, les maraîchers urbains sont nombreux à écouler leur production via des circuits courts (79 %). La vente sur les marchés constitue leur principal mode de commercialisation (42 %) devant la vente à la ferme (22 %) et en paniers (10 %).

Contrairement à une idée reçue, en zone périurbaine, l’agriculture n’est pas une réserve de foncier. Elle assure aujourd’hui de multiples fonctions comme des services aux collectivités,  le développement de filières de proximité, la gestion des ressources naturelles ou encore des offres de loisirs.

L’urbanisation est un trait majeur du développement économique et social de la  France. Elle se manifeste principalement par l’expansion des régions urbaines qui intègrent dans leur périmètre un nombre toujours plus grand d’espaces ruraux.

L’agriculture périurbaine représente de grands enjeux pour l’agriculture française car elle constitue une part importante de la production de biens et de services agricoles  et  joue un rôle de laboratoire et un pôle d’innovation.

 

 

       En conclusion, le poids des attentes de la population urbaine, qui peut être parfois irrationnelles, peut également être à l’origine d’effet de mode entraînant des évolutions trop rapides ou pas assez raisonnées sur le monde agricole. L’agriculture périurbaine serait donc dans une situation paradoxale car elle est à la fois attendue et compromise par le monde urbain.

 

 

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Une réponse à L’agriculture « grignotée » par la la ville… ?

  1. SALVI Tiphaine dit :

    Cet article a été rédigé par Charline BRUSSET et Tiphaine SALVI.

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