Un autre regard sur la viande

Un autre regard sur la viande

De plus en plus en France, on entend dans les discussions ou on peut voir sur les blogs que nous mangeons trop de viande et qu’il faut se mettre de toute urgence au végétal sans transition. Mais au fond cela est-il vraiment conseillé ? Aujourd’hui nous allons donc essayer de répondre à cette question :

En quoi la consommation de viande en Europe engendre-t-elle des conséquences multiples dans les pays producteurs ?

Partout l’on entend des affirmations folles sur la viande, « il faut 15 000 litres d’eau pour produire 1 kg de viande » ou encore « L’élevage pollue plus que le secteur des transports » mais au fond d’où sortent ces chiffres ? 

Ne faut-il pas les remettre en compte ?

Nous allons voir cela ensemble.

Tout d’abord, il faut comparer ce qui est comparable, il existe une grande variété de systèmes d’élevage qu’on ne peut pas tout mettre dans le même sac. Par exemple, si on parle de “boeuf” on ne peut pas comparer un boeuf boucher élevé à l’herbe et un taurillon américain élevé en feed-lots.

De plus, quand on parle de sujets sensibles comme celui-ci, il est important de savoir par quelle méthode et dans quel condition ont été calculés les chiffres que l’on avance.

Observons quelque exemple :

-La consommation d’eau dans l’élevage :

Réalisation Matthieu Nivesse (d'après OIEau), 2018

© Agence française pour la biodiversité

Alors d’où viennent ces 15 500 L d’eau pour 1kg de viande de bœuf ? En fait, ils sont obtenus par la méthode de “Water Footprint”, méthode qui englobe l’eau bleue (eau réellement consommée par l’animal), l’eau grise (eau utilisée pour dépolluer les effluents) et l’eau verte (eau de pluie).

Or cette méthode a été créée pour les sites industriels et ne prend pas en compte le cycle biologique, de ce fait si on retire l’eau verte qui est en fait captée par le sol et utilisée par les plantes lors de l’évapotranspiration, on perd 95% de notre empreinte eau, ce qui nous mène entre 550 et 700 litres d’eau pour 1kg de viande. Et pour aller plus loin, si on écoute GAC Armelle et BECHU Thomas de l’Institut de l’Elevage (Inrae), l’empreinte eau consommable du lait et de la viande bovine en France chute entre 20 et 50 L/kg, tout est question du recyclage des effluents, si les fumures riches en minéraux sont utilisées à bonne escient on peut supprimer une grande partie des eaux grises nécessaires à la production animale.

-Les gaz à effet de serre

Ensuite pour ce qui est des GES produit par l’élevage : “Les élevages émettent plus de GES que les voitures », évidemment cela est faux, mais pourquoi ?

Répartition sectorielle des émissions de gaz à effet de serre en France en 2019

Citepa, Inventaire format Secten 2020

Toujours une question de méthode de calcul ! En fait, si on regarde le rapport Secten, publié tous les ans par la CITEPA sur le site de la république française, on remarque que le 1er secteur d’émission est le secteur des transports avec 32% des émissions en CO2 éq. 

Répartition des gaz à effet de serre issus des secteurs de l’agriculture et de la sylviculture en 2019

Citepa, Inventaire format Secten 2020

L’agriculture se place quand même en 2ème position avec 19% des émissions. 

Seulement parmi ces 19%, 42% viennent de l’évaporation des engrais azotés minéraux, évaporation qui est considérablement amoindri lors de l’épandage raisonné d’engrais organiques d’origine animale.

Graphiques emprunté à la publication du Ministère de la Transition écologique

-La compétition Feed/Food

-Enfin un dernier préjugé : “ Il vaudrait mieux cultiver des végétaux directement consommables par l’homme plutôt que de nourrir des ruminants”

En fait, la majorité des terrains utilisés pour l’alimentation des ruminants sont non cultivables ou difficilement. De nombreuses études menées par l’Inrae ont prouvé les bénéfices environnementaux des STH (surface toujours en herbe). En effet, elles hébergent une biodiversité plus importante que les sols de culture et leurs sols sont plus riches en biomasse microbienne, de plus elles filtrent mieux l’eau, sont considérablement moins sensibles à l’érosion et stockent plus de CO2 ce qui compense pour la moitié des émissions de CH4 des ruminants. De récentes études menées par Mathieu VIGNE et son équipe du CIRAD sur les prairies en zones d’élevage subtropical, ont rendu des résultats très encourageants face au dessèchement des sols en Afrique.

Par contre pour évoquer une nouvelle inquiétude européen, les culture produite pour alimenter les méthaniseur qui crée un nouveau type de compétition : Feed/Food/Fuel…. malheureusement je n’ai aucun chiffre à ce sujet.

-Faut-il supprimer l’élevage

Après tout cela doit-on supprimer l’élevage pour réduire le gaspillage des ressources et la compétition des surfaces pour l’alimentation humaine ?

Infographie de Véronique GAVALDA (Inrae)

Encore une fois, c’est au total 86% de l’alimentation animale qui n’est pas consommable par l’homme. En effet, plus de 70% de la ration des ruminants est composée de fourrages (herbe, foin, ensilage, enrubannage) non consommables par l’homme. De plus, les aliments concentrés utilisés pour les monogastriques (porcs, volailles) et les herbivores valorisent les résidus de cultures et les sous-produits des filières végétales destinées à l’alimentation humaine (tourteaux, sons, drèches, etc).

Ainsi, certains types d’élevage, comme les ruminants à l’herbe ou les élevages qui utilisent beaucoup de coproduits de l’agriculture, sont producteurs nets de protéines. C’est-à-dire qu’ils produisent plus de protéines (d’origine animale) consommables par l’homme qu’ils n’utilisent de protéines végétales consommables par l’homme pour nourrir les animaux. Pour avoir une explication plus complète vous pouvez lire la revue : Inrae Productions Animales, sur l’efficience nette de conversion des aliments par les animaux d’élevage.

Pour conclure ce sujet nous rappellerons que la consommation excessive de viande, spécialement la rouge et la transformée, peut favoriser, par exemple, la survenue de maladies cardiovasculaires. A l’opposé, la non consommation de produit animal peut très vite créer de graves carences en acides aminés et micronutriments. Du côté des émissions de GES, au niveau mondial, l’agriculture se rend coupable de 7% des émissions dues aux activités humaines, chiffre qui peut tout à fait être amélioré grâce à des technologies telles que la méthanisation ou la gestion mieux raisonner des intrants (tant organiques que chimiques). Toujours au niveau mondial, les terres agricoles représentent 38 % des surfaces émergées non gelées, 50 % de ces terres sont utilisées pour l’alimentation du bétail, dont 80 % n’est pas cultivée (prairies, montagnes, steppes, savanes par exemple) et ces grands territoires présentent d’immenses avantages environnementaux. Finalement à l’échelle mondiale, l’élevage contribue à faire vivre 800 millions de personnes pauvres dans les pays du Sud. Il contribue à la sécurité alimentaire mondiale en valorisant des surfaces qui ne sont pas cultivables. La suppression de l’élevage entraînerait un accroissement de la pauvreté, une augmentation de l’insécurité alimentaire et une recrudescence de la sous-nutrition et des maladies de carences alimentaires.

Après avoir dit tout cela, je pense que chacun est propre garant de sa santé et de son opinion. D’après moi, tant dans la production que dans la consommation, tout est une question de rationalisation, quelque soit la direction choisie l’excès est rarement une bonne solution.

Au fond la solution ne serait-elle pas de manger local ?

Je ne répondrai pas à cette question car c’est un autre débat mais je vous remercie de m’avoir lu et j’espère que ce sujet vous aura apporté un point de vue nouveau sur ce grand débat qu’est l’alimentation.

Blaise MOREAU

Bibliographie :

-Nicole LADET (RÉDACTRICE), Bertrand DUMONT (PILOTE SCIENTIFIQUE), Pierre DUPRAZ (PILOTE SCIENTIFIQUE), Catherine DONNARS (PILOTE DEPE). Rôles, impacts et services issus des élevages européens. Article SOCIÉTÉ ET TERRITOIRES de l’Inrae, 30 novembre 2016. 

-GAC Armelle , BECHU Thomas (Institut de l’Elevage). L’empreinte eau consommative du lait et de la viande bovine et ovine : premiers repères sur des systèmes français. Rencontres Recherches Ruminants. Étude commandité par le CNIEL et l’INTERBEV, 2014. 

-Fiches thématiques (Ministère de la Transition écologique). Les émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture.  Défis environnementaux. Mise à jour le 12 février 2021. -Anne Mottet, Cees de Haan, Alessandra Falcucci, Giuseppe Tempio, Carolyn Opio, Pierre Gerber, On our plates or eating at our table? A new analysis of the feed/food debate. Global Food Security Volume 14, September 2017.

-Sarah LAISSE, René BAUMONT, Léonie DUSART, Didier GAUDRÉ, Benoit ROUILLÉ, Marc BENOIT, Patrick VEYSSET, Didier RÉMOND, Jean-Louis PEYRAUD. L’efficience nette de conversion des aliments par les animaux d’élevage : une nouvelle approche pour évaluer la contribution de l’élevage à l’alimentation humaine. Dossier : Ressources alimentaires pour les animaux d’élevage, INRAE Productions Animales. Publié : 18 janvier 2019

-Vigne Mathieu, Blanfort Vincent, Vayssières Jonathan, Lecomte Philippe, Steinmetz Philippe. Contraintes sur l’élevage dans les pays du Sud: les ruminants entre adaptation et atténuation. Changement climatique et agriculture du monde. (Agricultures et défis du monde) 2015. 

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